Editorial - Van Nistelrooy, Hambourg battant

Le désormais ex attaquant du Real Madrid va rejoindre le SV Hambourg pour une pige d’un an demi. Le club merengue n’ayant plus jugé ses services d’une quelconque utilité après plus de trois saisons de vie commune. Retour sur l’immense carrière du dernier grand buteur du football. Un parcours à la trajectoire rectiligne qui l’a toujours mené droit au but.

Par Hocine Harzoune

Ruud Van Nistelrooy (SV Hambourg)

Quand on est footballeur, plus les années s’accumulent à votre compteur, plus les villégiatures exotiques vous quêtent. Qatar, USA, retour au pays, clubs de divisions inférieures... autant de cadrans qui n’indiquent que le même moment de la vie d’un joueur : le crépuscule. Et quand l’instant fatidique arrive, certains s’en tirent mieux que d’autre. Mais pour Ruud Van Nistelrooy, bien finir a toujours été une vocation.

Le dernier grand buteur ?


Il est de cette race-là. Celle des goleadors. Sans passements de jambes ni enjolivures, il ne s’embarrasse pas de fioritures. Dépourvu de technique superlative : il marque des buts. Sa précision légendaire et sa dextérité hors-normes auraient pu faire de lui un parfait assassin ou le plus éminent des chirurgiens, il est footballeur. A Heerenveen, son entraineur lui dit d’observer Bergkamp, de tout faire comme lui. Mais lui n’a pas l’aisance de l’ancien Gunner, il n’a pas la vitesse et l’explosivité d’un Henry, on ne peut pas lui mettre d’étiquette, de référence, il se moque des labels. Lui, il marque des buts. « Certains, comme Ronaldo, y jouent, moi je travaille au football ».  En cinq saisons à Manchester United, il en marquera, des buts. 150 pour être exact, dont 149 depuis l’intérieur de la surface. Ne comptez pas sur lui pour s’exiler sur un coté, ou faire des courses à en perdre haleine balle au pied. Mettez-le plutôt les yeux bandés, dos aux cages dans un rectangle bondé de défenseurs. Conscient du placement du gardien, de ses gardes du corps, il vous attrapera la lucarne à coup sûr, d’une manière ou d’une autre, en choisissant soigneusement la surface du pied idoine, en assujettissant toute sa grande carcasse  au service de la position idéale.



Méfiez-vous de lui, autant que des clichés du journalisme sportif moderne. Ne dénigrez pas ses buts de « raccroc » à deux mètres des cages, admirez plutôt la course préalable de 40 mètres, le calcul pour se placer entre les défenseurs et le gardien, son positionnement à l’endroit exact, au moment même où le portier va relâcher la balle. Cela pourra sans doute vous aider à différencier l’instinct pur de l’intelligence classique, de séparer la clairvoyance de la chance, le génie du talent. Les Inzaghi, Raùl, Van Nistlerooy, qui contemplent aujourd’hui leurs puissantes ruines, n’ont jamais vraiment brillé. S’ils ont resplendi un jour, c’est uniquement par leur absence. On a tendance à beaucoup regretter les joueurs capables de marquer deux buts sur une demie-occasion. Mais s’ils sont là, l’idée de les voir marquer est naturelle. On oublie presque de les féliciter. De les admirer.

"Ruuuuuuuuuuuuuuuuuud". Un cri rituel. Comme pour féliciter un guerrier dans une arène. Comme le signal d’un orgasme collectif. Comme un hommage assidu. Ce cri là, des milliers de gens l’ont poussé en même temps, régulièrement. Au rythme des banderilles plantées par un torero impitoyable avec les gardiens. Meilleur buteur des trois championnats où il a évolué,  Ruud ne connait pas de temps d’adaptation, il n’a pas besoin d’apprendre la langue pour tirer la sienne à ses adversaires. En 2006/2007, il arrive dans un Real malade, en fin de cycle, en fin d’époque, et en devient le symbole. Sobriété, efficacité, conquête. Il est l’avatar de Maitre Capello sur le terrain, la personnification de ses consignes. Il finira Pichichi. Le Real, champion d’Espagne pour la première fois en quatre ans de disette. Après toutes ces campagnes, le recordman de buts sur une saison de C1 (14 réalisations ! 2e meilleur buteur de l’épreuve reine sans y avoir participé cette saison) a, plus que quiconque,  gagné le droit au repos. Pourtant, il s’est lancé un ultime défi. Pas pour assurer une triviale pérennité à ses oboles. C’est un vrai défi sportif. Réussir Hambourg battant, gagner sa place parmi l’aréopage de la sélection nationale hollandaise et jouer une dernière Coupe du Monde. Comme pour nous rappeler que le crépuscule, même celui des idoles, c’est toujours le moment où la lumière est la plus belle.


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